Si Sâadane avait été plus affectueux avec ses joueurs, aurait-il engrangé de meilleurs résultats ? La question est saugrenue et peut prêter à sourire, notamment dans un sport connu pour ne pas être celui de fillettes qu’on dorlote le soir au coucher. Et pourtant… Il y a en ce moment un nouveau concept qui risque de faire date : «le management par l’amour» et son auteur s’appelle Diégo Maradona. Il se dit ça et là qu’il se fait assister par deux techniciens chevronnés qui font tout le boulot et que lui se contente de sa présence et de son aura mondiale pour booster le moral de l’équipe. N’empêche ! Selon toute vraisemblance, la formule a réussi et l’Argentine fait figure de favori. Et voilà qu’un reportage sur une chaîne étrangère nous révèle un Maradona… plein de tendresse pour ses joueurs, les taquinant à l’entraînement, les serrant très fort quand ils marquent et distribuant des bises à tire-larigot. C’est que l’homme a l’accolade facile et il règne une ambiance de dortoir de collège chez les Argentins. Une équipe vient de payer lourdement le tribut d’une ambiance malsaine : la France a été éliminée pour son jeu décousu bien sûr, mais ceci expliquant cela, aussi pour les relations de haute suspicion que l’entraîneur a réussi à instaurer, ce qui n’a pas manqué de se traduire par la formation de clans et l’insulte d’Anelka n’est en fait que la partie visible de l’iceberg qui fait office de rapports glaciaux entre joueurs et staff technique. Pour dire qu’en football, il n’y a pas que le talent, la maestria qu’il faut gérer, mais aussi le caractère, le psy des joueurs. Les préparer mentalement à affronter les rencontres les plus risquées, leur inculquer le moral du vainqueur, la rage de vaincre sans en faire des enragés, la volonté de se battre sans en faire des gladiateurs. Maradona a trouvé la parade : cajoler des joueurs confrontés à un grand stress et une grande solitude sur le terrain où la pression fragilise les plus résistants. Alors quoi de mieux qu’un geste affectueux pour ces grands
garçons ? La formule a donc été payante et l’excellent parcours de l’Argentine trouve aussi son explication dans cette profusion de gestes affectueux et accolades généreuses de l’ex-champion du monde. On imagine très mal le très placide Saâdane serrer dans ses bras un M’Bolhi malheureux après le but encaissé, un Bougherra triste après avoir donné le meilleur de lui-même… A moins que ce soit Sâadane lui-même qui ait besoin d’être cajolé… A. B.





































