Guendouz : «Notre génération vit comme à Soweto du temps de l’apartheid»  actualite

Défenseur coriace et robuste, l’ex-international des années 80, Mahmoud Guendouz est l’un des joueurs les plus combatifs qu’a connus la balle ronde nationale. Ayant toujours mouillé le maillot, il a fait partie de ces joueurs dévoués qui ont toujours répondu présent à l’appel des Verts contre vents et marée, quand il s’agissait de défendre les couleurs nationales 10 ans durant. Connu pour son franc parler et ses prises de position qui déroutent plus d’un, Guendouz qui s’est reconverti au métier d’entraîneur depuis presque 20 ans, en a gros sur le cœur. Il ne rate aucune occasion pour dire les quatre vérités qu’il étale sans état d’âme à l’opinion publique, via les médias qui le sollicitent. Il n’épargne aucun de ceux qu’il estime être les responsables de la ruine du football national, car dit-il : «Il ne faut pas tromper l’opinion publique, notre football n’est pas au mieux, et ce ne sont pas les participations récentes des Verts à la CAN et à la Coupe du monde 2010, qui me contrediront. La quasi- majorité de nos internationaux ont été formés à l’étranger. Où sont les joueurs locaux de haut niveau ?…». Dans l’entretien qui suit, certains auront les cheveux qui se dresseront, lorsqu’ils prendront connaissance de ses déclarations tonitruantes…

Vous êtes rentré au pays depuis quelques jours, est-ce définitif ?

Vous savez, je n’ai jamais coupé les ponts avec mon pays, qui est la chose la plus chère pour moi, avec ma famille. Si les choses se passaient normalement chez nous, personnellement, je n’aurais jamais quitté l’Algérie. Je suppose qu’ils sont nombreux à penser comme moi. Malheureusement, chez nous, on ne considère pas les anciens joueurs internationaux qui ont un bagage, compétents,  aiment leur pays et qui ont une  personnalité. Comme on manque de considération et bien la solution, c’est d’aller travailler sous d’autres cieux plus cléments, où l’on nous considère à notre juste valeur. Ici, au pays, on ne veut plus de la génération 82. C’est comme si l’on était interdit de séjour dans le football national. Il y a comme un embargo contre nous. Comme si on n’avait pas le droit d’exercer notre métier d’entraîneur dans notre pays, et cela n’a absolument rien avoir avec la compétence…le bouquet quoi ! Notre génération vit comme à Soweto du temps de l’apartheid !

Vous en avez toujours gros sur le cœur apparemment…

Ça sera ainsi tant que ce sont les charlatans, les magouilleurs et les arrivistes qui continueront à gérer les clubs algériens. Les présidents de club ne veulent pas de nous, parce que ceux qui sont intègres comme moi, El-Hamdoulilah, n’accepteront jamais d’être partie prenante de leur tricherie et n’accepteront jamais qu’un président de club intervienne dans l’aspect technique ou dans la composition de l’équipe, entre autres. Je ne veux pas généraliser, mais je pose la question suivante : franchement, a-t-on des présidents et des dirigeants dignes de ce nom dans la grande majorité de nos clubs ?  Qu’ont-ils apporté à notre football, sinon que des tares ! Chez nous, on n’aime pas les gens intègres, honnêtes et compétents,  surtout s’ils sont d’anciens footballeurs qui ont marqué leur temps. Ça dérange, ceux qui ne sont dans le football, que pour nager dans les eaux troubles, afin de se remplir les poches. Beaucoup viennent, non pas pour se mettre au service du foot, mais bel et bien pour se servir. C’est leur seul leitmotiv. S’enrichir sur le dos des deniers publics, afin de se faire de toute pièce une aura, qui, en réalité, n’est que trompeuse.

Certains vous reprochent d’être trop critique et le plus souvent négatif,  même lorsque les choses fonctionnent plutôt bien, comme  vous l’avez déclaré lors de votre intervention sur l’EN. Que répondez-vous ?

Je le leur concède. Il est clair que pour certains, quand on n’est pas un toutou qui dit oui, pour faire plaisir à ses sbires, on est mal vus. On dérange parce qu’on dénonce les magouilleurs et les intrus qui gravitent autour de notre football. C’est parce qu’on dit des vérités que ça ne leur plaît pas. Lorsqu’on démasque leurs magouilles, on devient comme un cheveu dans la soupe. Pour ce qui est de mes critiques envers les productions de l’équipe nationale, moi, je suis un entraîneur, je fais ma propre analyse technique  en tant que tel. Personne ne peut me donner des leçons sur l’amour du pays et de l’EN que j’ai vaillamment défendue durant 10 ans et je l’ai fait avec amour et passion, rien d’autre.

Certains vous ont même attaqué via le net et menacé, suite à vos interventions critiques sur l’EN, en tant que consultant sur la chaîne arabe MBC, ce qui vous a poussé à vous retirer. Un commentaire là-dessus ?

Justement, c’est parce que j’aime trop mon pays, que j’estime qu’il est de mon devoir de dire la vérité sur ce qui se passe dans notre football. Ne pas le faire, c’est cautionner beaucoup d’injustices, médiocrité et de choses qui ne tournent pas rond. Va-t-on se mentir ?  Ne vous inquiétez pas, je vais vous donner des arguments. Vous savez, ceux qui m’ont insulté ou menacer sont des lâches qui se cachent derrière leur écran. Ce sont des gens manipulés par ceux que mes propos dérangent. Si je me suis retiré de la chaîne MBC, dont je salue au passage le soutien de ses responsables, c’est que je n’accepterai jamais que de petits voyous viennent m’insulter ou me menacer. Mon nom est propre et personne ne pourra le salir quoi qu’on dise. Ils ont beau vouloir me noyer dans un bidon de peinture noire, j’en ressors toujours blanc comme neige. Je voudrai venir aux faits par rapport à mon attitude critique…

Allez-y…

Il faut savoir que je ne m’arrêterai jamais de dire les quatre vérités parce que j’estime, que lorsqu’on est contre l’injustice, qu’on défend une cause juste et qu’on a la foi, rien ne pourra nous arrêter, à moins que par miracle (rire), la situation s’améliore. Je suis comme un incompris, mais les masques finiront bien par tomber un jour. Vous savez, il y a beaucoup de gens éclairés qui m’apportent leur soutien et qui approuvent parfaitement ce que je dis, car tout le monde n’est pas dupe. Comme l’a dit, aussi, Belloumi, je ne sais pas pourquoi on veut mettre un trait sur la génération 82.

Est-ce votre sentiment profond ?

Oui, tout à fait ! Tout ce que je dis sort toujours du cœur. On n’aime pas les anciens footballeurs que nous sommes. Pourtant, on a beaucoup donné au football national. Il ne s’agit pas que de Guendouz, mais de toute une génération de footballeurs talentueux, qui ont marqué le foot national et qui sont compétents que ce soit en tant qu’entraîneur ou en tant que conseillers au sein d’un staff ou d’une structure du football. On nous marginalise alors qu’on cumule une longue expérience des terrains, que nous pouvons et voulons mettre à la disposition de notre jeunesse car, avant tout, on aime notre pays, qu’on veut servir avant tout. Hélas, on continue à ignorer tout ce beau monde. On veut sacrifier toute une génération qui a rendu le peuple heureux durant les années 80 et surtout lors du mondial 82. Comment peut-on mettre de côté des Assad, Madjer, Bensaoula, Belloumi et bien d’autres, alors qu’ils peuvent apporter beaucoup à notre foot ? Là, je voudrai bien mettre en évidence la supercherie qui sévit chez les présidents et dirigeants de nos malheureux clubs.

C’est-à-dire…

Je ne peux être d’accord avec la majorité des présidents de club. Ils sont ravis de pouvoir profiter du manque de professionnalisme à tous les niveaux de notre football, pour réaliser leurs desseins obscurs et faire des affaires. Est-ce que je vous apprends quelque chose en vous disant cela ? Qui ne le sait pas chez nous ? Le problème, c’est que rares sont ceux qui ont le courage de dénoncer les pratiques douteuses et malhonnêtes, devenues monnaie courante dans le milieu de la balle ronde nationale. Qui ne sait pas que des matches s’achètent et se vendent dans les différents paliers de nos championnats ? Qui est derrière ces magouilles, sinon des  dirigeants malhonnêtes qui offrent des présents pour qu’on ne puisse pas les démasquer au grand jour. Eux ne veulent surtout pas que ça change au risque de perdre leurs privilèges. Il y a même des entraîneurs indignes de l’être…

Comment ça ?

Comme on en voit de plus en plus dans nos équipes. Je m’explique. Des présidents comme Serar par exemple, je n’ai pas de terme pour les qualifier. Il ramène des entraîneurs charlatans, souvent de l’étranger pour faire ce qu’il veut avec son équipe. Se sont pour moi tout sauf des entraîneurs. C’est peut-être des boulangers, des vendeurs à la sauvette ou je ne sais quoi. Ils viennent se remplir les poches en Algérie, sans rien apporter au football algérien. Ils viennent manger le pain, mais n’ont aucune personnalité. Qui sont ces Belhout, Mansour Hadj, Zekri et même Bracci pour prendre nos places ? Bracci était au chômé payé lorsque j’exerçais en France par exemple. Je le connais, il ne connait rien au football. Comment un nouveau débarqué comme Zekri, le coach sétifien, se permet-il de critiquer un monsieur de la trompe de Madjer, qui a une renommée mondiale. S’il croit qu’il va nous feinter parce qu’il vient d’Italie, il se trompe, il ne peut leurrer que des  charlatans comme lui. Qu’il ait au moins la décencede se taire, car il a la chance d’être le coach d’un grand club comme l’Entente grâce à des présidents comme Serar, et j’en passe ! Où sont les Adjissa, Zorgane et compagnie qui ont fait les beaux jours de l’Entente ?

Vous-êtes vraiment remonté ?

J’épargne les entraîneurs intègres dont je fais partie, pour les autres quels mérite ils ont lorsque c’est leurs président achète 20 matches par saison ? J’ai personnellement toujours compté sur Dieu et moi-même. J’ai 20 d’expérience en tant que coach  et j’ai passé mes diplômes d’entraîneur, mais je sais que dans mon pays, on ne fera jamais appel à mes services, parce que je suis quelqu’un qui ne brade pas sa dignité pour de l’argent. Mon expérience et mes diplômes, je les laisse à l’aéroport, à chaque fois que je rentre au pays, pour ne les reprendre que lorsque je fais le chemin inverse par contrainte, car j‘aime mon métier et j’ai une famille à nourrir. Si je reste en Algérie, je serai contraint au chômage technique, pourtant j’ai donné toute ma jeunesse à mon pays. Et je ne suis pas le seul dans ce cas. D’autres  anciens coéquipiers le sont déjà.

Certains vous qualifient de fou, en raison de vos positions et de vos déclarations ?

Oui je souffre d’une maladie…elle s’appelle avoir une conscience et être honnête contre vent et marrées. Je pense qu’une 2e réforme nationale du football s’impose, elle est même urgente. Je lance un appel aux autorités pour qu’elles réagissent et mettent un terme à cette gabegie qui caractérise notre football. Que fait le MJS pour les cadres nationaux formés à l’ISTS si nos présidents continuent à importer des entraîneurs étrangers, charlatans de surcroit au détriment des compétences nationales ?

Que pensez-vous des prestations de l’EN durant le Mondial ?

On s’est classé dernier dans le plus faible groupe de la coupe du monde. On n’a gagné aucun match et on n’a marqué aucun but…c’est clair non ?!!! Cela dit, je les qualifierai de moyennes. Ce qui est logique car l’EN dispose de joueurs de niveau moyen, la preuve ça ne se bouscule pas pour les recruter…Aussi, notre football ne produit rien, la preuve, il n’y avait à peine que deux joueurs locaux au Mondial. Chaouchi et Laïfaoui.

Que pensez-vous de la reconduction de Saâdane ?

Il n’aurait jamais du être à nouveau désigné sélectionneur national en 2008. Personnellement, j’étais contre sa nomination car ceux de ma génération le connaisse bien. Il est limité et il n’a pas le charisme et les capacités de gérer un groupe. Je ne dis pas qu’il ne connait rien au foot, mais ce n’est pas l’homme qu’il faut à l’EN. Il a aussi commis beaucoup d’injustices et je préfère ne pas m’étaler là-dessus. On dirait qu’il n’y a que lui en Algérie ! Chez nous, on ne sait pas transmettre  le flambeau. C’est toujours les même, on dirait qu’on est à l’époque de Staline. On peut lui signer un contrat jusqu’à l’an 2025, y a pas de problèmes…Pour moi, son rappel est en soi une grande erreur.

Pourtant il a qualifié l’EN à la CAN et au Mondial, non ?

S’il n’y avait pas Raouraoua, il n’y aurait rien eu. Tout le monde sait que c’est lui qui a tout fait. Il faut rendre à César ce qui appartient à César. Le mérite lui revient à lui en premier, je tenais à le dire. Il a pris le taureau par les cornes, il fait partie des instances du foot international et se n’est que justice que de lui rendre hommage. Pour terminer, je lance un appel aux anciens joueurs, si rien ne change, on doit se réunir et prendre la décision de se retirer de tout ce qui touche à notre football. On ne parlera plus même dans les médias. On veut nous effacer, eh bien on va leur faciliter la tâche. Qu’ils continuent de ramener des charlatans et des inconnus à notre place et puis que rien ne semble vouloir changer…

Entretien réalisé par Mohamed-Amine Azzouz

«Si ça continue comme ça, personne n’entendra parler de nous»

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