Pour l’ancienne star de l’équipe nationale de football et du club portugais le FC Porto, Rabah Madjer, la professionnalisation du football en Algérie est un «impératif». «Il ne faut pas laisser passer cette occasion ! ». Venant de la part d’une personnalité dont les connaissances du football international sont très sollicitées, le terme impératif n’est pas exagéré. L’homme, qui s’est forgé un palmarès des plus impressionnants durant sa carrière de footballeur, estime qu’il faut nécessairement l’implication de tout le monde pour faire aboutir ce projet ambitieux. Âgé de 52 ans, ayant marqué son époque, Rabah Madjer estime que la réussite des clubs algériens dans les compétitions régionales et continentales est une réponse des joueurs «locaux» à ceux qui ne leur accordent, malheureusement, plus de crédit. L’ancien joueur du Milaha est formel : il y a en Algérie des joueurs «capables de bonnes choses». Dans l’entretien qui suit, Madjer nous parle avec passion de la prochaine coupe du monde en Afrique du Sud et d’autres sujets qui focalisent l’attention actuellement.
Rabah Madjer, la Coupe du monde c’est dans six semaines. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
C’est l’événement planétaire par excellence et, personnellement et comme c’est le cas pour beaucoup d’entre nous, je l’attends avec impatience. Les yeux du monde entier seront rivés sur l’Afrique du Sud. La Coupe du monde, c’est tous les quatre ans et, régulièrement, des milliards de gens l’attendent avec impatience pour suivre le beau jeu. L’Algérie sera de la fête et ce ne sera que du bonheur.
Ce sera en Afrique du Sud et, déjà, on s’interroge : qui remportera le trophée entre l’Amérique du Sud et l’Europe ? Sachant que l’Europe n’a jamais gagné hors du continent…
Oui, c’est vrai. C’est bien la première fois qu’un Mondial de football se tient sur le continent africain et nous allons nous retrouver en situation inédite. En effet, l’Europe et l’Amérique du Sud seront en «terrain neutre» et tout dépendra du rendement des principales équipes des deux continents. A mon avis, il y aura l’Argentine et le Brésil d’un côté et de l’autre, l’Angleterre, l’Espagne, l’Allemagne. Mais, je pense qu’il ne faut pas sous-estimer l’équipe du pays organisateur : l’Afrique du sud qui s’est donné de grands moyens. Elle s’est dotée d’une solide structure et d’un entraîneur dont les compétences ne sont plus à démontrer.
Quelles sont les équipes favorites dans la course au sacre ?
A mon avis, je crois que le Brésil et l’Espagne sont les mieux placés pour décrocher le trophée. Je pense qu’il faut aussi suivre l’évolution de l’Italie qui a toujours bien réagi en phase finale de coupe du monde. L’Italie est capable de revenir fort. Certes, le Brésil et l’Espagne ont la cote, il y a aussi l’Italie que je suis curieux de voir au Mondial. Mais attention, nous ne sommes pas à l’abri d’une surprise éventuelle…
Venons-en, à présent, au football national si vous le permettez. Qu’est-ce qui a attiré votre attention ces derniers temps ?
C’est l’Entente de Sétif qui vient de remporter son septième trophée en coupe d’Algérie et je profite de l’occasion pour féliciter l’équipe sétifienne pour ce nouveau succès en lui souhaitant plein d’autres. C’est une belle performance sportive pour ce grand club. Je crois que l’ESS a bien mérité cette coupe en faisant preuve de beaucoup de rigueur durant tout le match. C’est une équipe homogène, bien structurée. Elle peut aller loin en Ligue des champions africaine, je lui souhaite d’aller très loin.
Que vous inspire la présence de trois équipes algériennes encore en lice dans les compétitions africaines des clubs ?
Vous faites bien de le dire, car il y a aussi la JSK en Ligue des champions et le CRB en coupe de la CAF. Il faut féliciter ces deux clubs et leur souhaiter bonne continuation pour la suite. Je pense que cette présence de nos trois clubs algériens à ce niveau de la compétition continentale est une réponse cinglante à ceux qui ont sous-estimé et qui sous-estiment encore les joueurs locaux. Comme on peut le constater, lorsque les joueurs évoluant dans le championnat sont dans de bonnes dispositions, ils sont capables de rivaliser, d’évoluer, d’aller de l’avant. Nous avons des joueurs capables de faire beaucoup de choses, il faut juste les mettre dans les conditions à même de leur permettre de s’exprimer.
Justement, il y a la professionnalisation du football qui est en train de se mettre en place. Qu’en pensez-vous ?
Je pense qu’il ne faut pas laisser passer cette occasion. Il faut beaucoup de rigueur et de sérieux pour engager et faire aboutir ce projet ambitieux. Il y a du boulot, beaucoup de boulot en perspective car il faut professionnaliser des milliers de joueurs et d’entraîneurs. Le fait que les clubs vont changer de statut et devenir des entreprises va bouleverser les mentalités en matière de gestion. Je pense qu’il y aura ça et là quelques foyers de résistance des bricoleurs. Mais, elle ne risque pas d’être préjudiciable à la communauté du football que sont les Ligues et les clubs qui, eux, sont favorables au professionnalisme. A mon avis, il faut de grands moyens pour donner l’opportunité à tous les clubs de repartir sur un même pied. Je le répète encore une fois, le football algérien ne doit pas laisser passer cette occasion.
Comment faut-il s’y prendre, d’après vous ?
En toute modestie, je peux juste dire qu’il y a un début à tout. Il faut de l’intéressement pour que les responsables des clubs gèrent les clubs autrement. Il faut passer à un autre statut, il faut que nos clubs soient gérés comme de véritables entreprises, avec toute la rigueur et le sérieux nécessaires. Les joueurs, à leur tour, doivent prendre au sérieux leur travail. D’autres l’ont réussi. Pourquoi pas nous ? J’espère qu’on y arrivera. C’est mon souhait !
Est-ce que, à travers l’instauration du professionnalisme, vous ne pensez pas qu’il y a volonté de redonner au sport la place qui lui sied dans notre pays ?
En tout cas je le souhaite de tout cœur ! L’Algérie est une grande nation du sport. L’Algérie a démontré par le passé et par les résultats de nos athlètes et équipes nationales que c’est un pays fort sur le plan sportif. Dans les années 1980, outre l’équipe nationale de football, l’athlétisme, la boxe, le judo et le handball ont brillé à travers le monde. Le sport algérien était au Top. Ensuite, il y a eu des dégâts et, inévitablement, la chute libre. Une reprise en main du football et de tous les sports pour leur donner une nouvelle assise et lui permettre de décoller de nouveau est plus que nécessaire. Nous avons tout ce qu’il faut pour réussir en Algérie.
L’EN de football va s’engager dans la dernière ligne droite de sa préparation pour le Mondial. Que pouvez-vous leur dire ?
Je souhaite bonne chance à nos joueurs. Ils doivent faire preuve de beaucoup de courage, ils doivent se sacrifier. La Coupe du monde, il faut y croire !
La coupe du monde, vous y serez ?
Je ne sais pas encore. Je n’ai rien conclu jusqu’à présent. Si je dois y aller, c’est en tant que consultant. Pour l’instant, je n’ai rien décidé, on verra dans les prochains jours. Avant de conclure, permettez-moi de saisir cette occasion pour présenter mes sincères condoléances à la famille de mon regretté ami Kamel Aouis. J’ai été très peiné par sa disparition.
Entretien réalisé par Abdou S.




































