Yazid Mansouri Enfant de Reims, capitaine de lAlgérie  actualite L’histoire de Yazid Mansouri, «Yaz» pour les intimes, commence par des larmes sur le quai de la gare de Reims. Direction Le Havre, port d’attache pour footballeurs en devenir. A 15 ans, le talentueux milieu de terrain du SC Tinqueux largue les amarres de l’adolescence. Il souffre de quitter Reims et sa famille auxquelles il est viscéralement attaché. Bruno Scipion, son entraîneur en Division d’Honneur, a repéré le frêle gamin, milieu de terrain vif, adroit, intelligent, et le croit capable de devenir professionnel. « Il faisait beau. On avait pique-niqué et mes copains partaient pour un tournoi, raconte Yazid. Je me suis retrouvé seul. Je ne me sentais pas très bien.» On le retrouve dix-sept ans plus tard, en larmes encore. De joie cette fois. Capitaine improbable de l’équipe nationale d’Algérie, lui, le natif de Revin, vient de faire chavirer tout un peuple. Après plus d’un quart de siècle de disette, l’Algérie se qualifie pour la Coupe du Monde sud-africain. Le pays exulte. Les Algériens de France sortent dans la rue drapeaux vert et blanc en main. Yazid tombe dans les bras de ses coéquipiers, s’agenouille sur la pelouse du stade de Khartoum où son équipe, contrainte à un match d’appui dans une atmosphère délétère, vient de battre l’Egypte (1-0). L’obscur joueur de Ligue 1, anti-star aux 65 sélections nationales, se retrouve assailli par les médias des deux côtés de la Méditerranée. De retour à Alger, les héros en crampons mettent trois heures pour parcourir les 15 km qui séparent l’aéroport de la capitale. Depuis l’indépendance, le pays et ses 34 millions d’habitants n’a pas connu pareille liesse.

En mal de ses parents

Le 12 novembre au Caire, quand les Fennecs, (les renards du désert, surnom des 24 footballeurs de la sélection), ont été caillassés, lâchés par la sécurité égyptienne, ils sont devenus des martyrs. Ils reviennent sur leur terre acclamés, reçus en grande pompe par le président Bouteflika en personne qui avait affrété 25 avions pour emmener gratuitement au Soudan 12 000 supporters. «On a vécu des moments incroyables. Des buts valables refusés. Les jets de pierre, des copains blessés. Finalement, toutes ces épreuves nous ont rendus plus forts. » Dans le quartier des Epinettes à Reims, Aïssa et Sekoura Mansouri, le père et la mère du fils prodigue, se pincent encore pour y croire. Parents de sept enfants, ils ont quitté leur village de montagne d’Aït Abdelafi Ouacifs, en Grande Kabylie, et les somptueux paysages du Djurdjura pour venir gagner leur vie en France. Après moult petits boulots et autant de galères, Aïssa a décroché un poste de magasinier chez Arthur-Martin à Revin. C’est là qu’est né Yazid, le 25 février 1978, dans le quartier d’Orzy où se concentre la population immigrée. Très vite, Aïssa est muté à Reims. La famille emménage dans un immeuble du pont de Witry, rue Hanriot. Nordine Lakbachi, l’ami d’enfance de Yaz, évoque ces parties de foot interminables au pied de l’immeuble aujourd’hui détruit : «Il est arrivé dans le quartier avec son ballon. Un bon moyen de faire connaissance. On est devenu copain. On ne s’est plus quitté. On se disait qu’il fallait qu’au moins un de nous deux devienne footballeur professionnel.» «Je mangeais toujours froid. Parce qu’il n’y avait que le foot qui comptait», renchérit Yazid. Vient le temps des compétitions en poussins avec le prestigieux maillot du Stade de Reims… Ses parents le suivent chaque dimanche avec la glacière et les sandwiches-maison. Ramasseur de ballon à Delaune, le gamin hume les vestiaires des pros, impressionné par le capitaine Didier Christophe, «un colosse aux cuisses huilées». Yaz rejoint ensuite les cadets d’Epernay, les seuls du département à évoluer en championnat national puis joue en Division d’Honneur à Tinqueux : «Pour moi, c était déjà un rêve de jouer avec des adultes.» Les trois jours de test au centre de formation normand vont changer sa vie. L’un de ses coéquipiers qui l’accompagne est recalé. Lui, est sélectionné. Il est même rapidement intégré à l’équipe première du Havre qui évolue alors en 1re Division. Reims lui manque encore. Il emprunte régulièrement l’interminable RN31 avec une vieille 205 pour rejoindre ses parents : «Je n’avais pas d’autoradio. Je mettais un poste à cassettes sur le siège passager». Milieu défensif, il s’inspire de l’Argentin Redondo, son modèle, reste six ans au Havre avant de rejoindre la 2e Division anglaise à Coventry. Rançon de l’intégration de ses parents, il parle peu arabe, n’a jamais vraiment suivi les performances des Fennecs même s’il a la double nationalité. Quand Madjer, l’icône de football algérien, l’appelle alors en sélection, une immense fierté rejaillit sur toute la famille, qu’elle soit dans la Marne ou en Kabylie. Comme à chaque fois dans sa vie de sportif, Yaz côtoie, avec la sélection nationale algérienne, le meilleur comme le pire. «La première sélection, c’était un match amical contre l’OM au Vélodrome. Je suis rentré en cours de match. Un grand souvenir. J’ai aussi gardé les DVD des matches contre l’Argentine et contre le Brésil». Et puis il y a eu le cauchemar du Stade de France, en octobre 2007 : «Les sifflets de la Marseillaise, l’envahissement du terrain… Des irresponsables qui font beaucoup de mal à notre communauté».

Dans l’intimité de Yaz

Joueur de haut niveau, père de famille, coéquipier exemplaire : l’international algérien assume ses responsabilités sans sourciller.

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