Une simple affaire d’alcôve peut-elle déborder de la sorte et ternir l’image d’un joueur très apprécié sur la scène mondiale ? La réponse est assurément oui, depuis que la France s’est découvert des vertus puritaines dignes de cette Amérique prompte à déposer des présidents pour un écart de conduite. La France, elle, s’apprête à presque lyncher quelques-uns de ses joueurs les plus en vue dont l’illustre Frank Ribéry entendu au…Quai des Orfèvres, appellation familière de la direction régionale de la police judiciaire de Paris. Une affaire d’espionnage n’aurait sûrement pas suscité un tel boucan. C’est que l’homme, gavroche antihéros, issu de cette France laborieuse qui sue, n’a pas du tout la tête d’une star version Beckham, bien sous tous rapports, beau, gentil et artiste de surcroît : Ribéry, la balafre bien en vue, laboure les terrains avec cette fougue propre à ceux qui prennent une revanche sur le sort. Et comme pour donner le coup de grâce à un footballeur entré par effraction dans la légende, on lui découvre une épouse d’origine algérienne en ces temps où il ne fait pas bon brandir un faciès qui ne soit pas conforme à l’identité franchouillarde tracée sur du papier à musique : jambon beurre, litron de pinard et brèves de comptoir. Hors de cette trinité, vous êtes reconductible aux frontières. Or, précisément, Ribéry dérange dans le sens où il ne répond pas au modèle du Français modèle tel que souhaité par Hortefeux et Besson, ministres préposés à l’épuration finale.
Et cette histoire de mœurs où trois internationaux sont inculpés sur le témoignage d’une courtisane, ça fait un peu désordre au moment où le baroudeur du Bayern est au top de sa forme. La main de Thierry Henry n’a pas fait autant de bruit et cette propension à vouloir détruire un joueur sur la base de dossiers très minces, ne traduit-elle pas tout le sens pris par la politique française désormais versée dans le «people», la rumeur et les on-dit ? Le président lui-même a fait d’une simple rumeur une affaire d’Etat et comme l’écrit l’hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné dans sa dernière livraison : «Quand le ragot est positif, c’est de l’info people. Quand il est négatif, c’est une atteinte à la vie privée !» Pour dire que même les journaux les plus sérieux ont perdu de leur crédibilité en rapportant à outrance ces choses affriolantes dont raffole un lectorat de concierges. Ribéry vu sous l’angle du footballeur, ça fait peu vendre. Sous l’angle du chenapan qui commet le péché originel, ça fait exploser les ventes. Et dans tout ça, Domenech continue cahin-caha à bricoler. Mais qui s’en soucie ?
A.B




































